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Nos GSM pistés pour le meilleur... et le pire

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Centres commerciaux, parcs d’attractions, festivals : nos GSM pistés pour le meilleur... et le pire. Les données véhiculées par votre smartphone sont désormais très courtisées.

Les données de géolocalisation émises par nos smartphones sont de plus en plus prisées par nos villes. Après Anvers, Bruges, Bruxelles, Genk, Mons c’était au tour de Courtrai il y a quinze jours d’annoncer qu’il allait suivre ses visiteurs sur base des données fournies par les opérateurs mobiles afin de répondre à ces questions : comment accèdent-ils au centre-ville ? Que vont-ils voir ? D’où viennent-ils ? Combien de temps restent-ils ? Les villes ne sont pas les seules à raffoler de ce type de données. Si vous participez à un festival cet été, il y a des chances que le signal de votre smartphone soit mis à contribution. Rock Werchter, les Ardentes ou le Brussels Jazz Week-end ont déjà fait appel aux opérateurs mobiles pour mieux connaître leurs festivaliers. Comme bien d’autres : centres commerciaux, zones de police, administrations, parc d’attractions…

Lorsque nos smartphones se connectent aux antennes GSM, les opérateurs télécoms sont en mesure de nous localiser approximativement grâce au signal émis. Jusqu’il y a peu, ils utilisaient ces données exclusivement en interne pour améliorer le fonctionnement de leur réseau. Puis, dans un souci de diversification, des acteurs comme Proximus ou Orange ont décidé de commercialiser ces données et d’en faire un business à part entière.

« Nos données permettent aux organisateurs d’événements de calculer le retour sur investissement, explique Frank De Weser, direction de la division internet des objets d’Orange. Ils peuvent savoir combien de personnes étaient présentes, combien de temps ils sont restés. En combinant ces chiffres avec une enquête de terrain sur le niveau de dépenses moyennes, ils peuvent connaître les retombées économiques d’un événement ». Mais les données GSM permettent d’aller beaucoup plus loin : connaître la provenance des visiteurs présents – il suffit de remonter dans le temps – , la proportion de gens qui ont dormi sur place, leur mode de déplacement (train, voiture), la proportion d’étrangers et leur pays de provenance…. Des données très précieuses pour un office du tourisme qui peut en tirer pas mal d’enseignements. Pas étonnant de retrouver dans la liste des clients de ces opérateurs des organisations comme Westtoer (mer du nord), Visit Brussels…

Ces données sont aussi utiles pour améliorer la mobilité. Le parc Pairi Daiza et le Service public de Wallonie ont fait appel à Orange pour lutter contre l’engorgement aux abords du parc. Grâce aux données GSM, Orange a pu analyser les flux de circulation en fonction des heures de la journée mais aussi et surtout isoler le trafic riverains du trafic visiteurs. Des mesures permettant d’épargner certains villages situées sur la route du parc ont ainsi pu être prises. L’opérateur a aussi été sollicité par l’administration wallonne pour examiner si l’introduction de la taxe kilométrique poids lourds amenait les camions à prendre des itinéraires alternatifs. Le port d’Anvers a quant à lui fait appel à Proximus pour optimiser le flux des camions. Quant aux temps d’attente dû aux embouteillages communiqués par Touring Mobilis et différents médias, ils sont en partie basés sur les GSM Proximus.

Les forces de police s’y mettent aussi. Que ce soit pour une manifestation, un match de foot ou une fête, Orange est capable de leur fournir en temps réel des informations sur la manière dont se déplace la foule afin de l’orienter de meilleure optimale, d’éviter la saturation d’une place, …. Le tout en complément des caméras de surveillance. La ville de Mons a notamment expérimenté ce service lors de Mons 2015.

Une question vient naturellement à l’esprit : qu’en est-il du respect de ma vie privée ? Que savent exactement de moi les opérateurs télécoms ? « Rien du tout, certifie Frédéric Lhostte. Ce sont des points que l’on anonymise dès le début du processus. Les informations sont ensuite agrégées par groupes de 30 personnes. Dès qu’il y a moins de 30 personnes dans la zone d’une antenne, les données ne sont pas exploitées. Les chiffres (qui ne concernent que les clients Proximus) sont ensuite extrapolés à l’ensemble de la population, en fonction de nos parts de marché. Il n’y a aucun croisement avec nos fichiers clients. On n’a aucune information sur le sexe, l’âge, la catégorie socio-professionnelle ».

Les dispositifs d’Orange ou de Proximus ont d’ailleurs reçu la bénédiction de la Commission de la vie privée. « On essaie toujours quand on commercialise ces données de veiller à créer un cercle vertueux qui permet de contribuer positivement à la société, poursuit Frédéric Lhostte. C’est un outil d’aide à la décision. Si une ville réussit à améliorer la mobilité grâce aux informations pertinentes qu’on lui fournit, c’est dans l’intérêt de tout le monde ».

La philosophie est identique chez Orange.« On ne vend pas ces données à n’importe qui, explique Frank De Weser. Il faut qu’il y ait une raison bien spécifique à chaque demande : améliorer la mobilité, la sécurité… ». C’est du moins de cette manière que les opérateurs justifient l’exploitation commerciale de données fournies gratuitement par leurs clients.

Au DOCKS, on sera suivi à la trace dès la rentrée

Le centre commercial Docks à Bruxelles sera bientôt en mesure de suivre ses visiteurs à la trace. Du moins ceux qui ont installé l’application du centre. Et ce, non pas en utilisant le wifi mais bien le bluetooth. Aujourd’hui, lors de l’installation de l’appli, toutes sortes d’autorisations sont demandées qui laissent planer peu de doutes sur son usage final : position de l’appareil, accès à l’historique de navigation, aux favoris… L’application demande aussi à son utilisateur d’activer son bluetooth. En septembre, ce dispositif permettra de suivre les visiteurs du centre grâce à des balises iBeacon placées à l’entrée de chaque magasin. Ces iBeacon pourront-ils envoyer aux consommateurs des bons de réduction, des publicités… lorsqu’ils passent à proximité d’un commerce ? « Ce n’est pas exclu », reconnaît Helga Cosyns, gestionnaire du centre.

Dans les magasins, votre wifi peut vous trahir

Si les services « big data » d’Orange ou de Proximus ne présentent guère de problèmes au niveau du respect de la vie privée, d’autres techniques beaucoup plus insidieuses et intrusives visant à transformer notre GSM en mouchard font leur apparition dans la sphère commerciale. Dans de nombreux pays, des centres commerciaux et des grandes chaînes pistent à leur insu les clients en utilisant le signal wifi de leur smartphone. Il ne faut même pas être connecté au wifi du magasin. Il suffit que celui-ci soit activé. En fonction de la puissance du signal, le magasin pourra déterminer la position du client et capter un identifiant unique (adresse MAC). Cela lui permettra de savoir combien de temps il s’est attardé devant la vitrine, s’il est rentré dans le magasin, quels rayons il a visité… Comme l’identifiant est unique, le magasin pourra aussi connaître la fréquence de ses visites.

En Belgique, ce type de pratique est encore peu répandu. La prudence est de mise chez les gestionnaires de centres commerciaux et les distributeurs. Pour deux raisons principales. Le respect de la vie privée tout d’abord. La commission de la vie privée a été très claire : il est illégal d’espionner des passants, des clients… via le wifi à leur insu. Informer le client à l’entrée du magasin est insuffisant. Il faut au minimum que les magasins offrent la possibilité au client de désactiver cette surveillance (opt-out). Et dans le cas où des publicités, des bons de réduction…. sont envoyées sur le smartphone du consommateur lorsqu’il passe à proximité d’un magasin, il faut l’autorisation explicite (opt-in) du consommateur.

L’autre obstacle est technique. Les systèmes d’exploitation mobiles (iOs, Android) ont évolué et protègent beaucoup mieux la vie privée. Il n’est plus aussi facile qu’avant d’accéder à l’adresse MAC des GSM. La firme spécialisée dans les solutions anti-vol pour la grande distribution Acurity avait cru pouvoir se lancer sur le marché du wifi tracking. Elle a fait marche arrière. « On ne l’offre plus car il y a des problèmes techniques et un souci avec la loi sur la vie privée , explique Erik Van Damme, product manager. Il y a une zone grise dans la législation. Aux Pays-Bas où nous sommes actifs également, une firme spécialisée (Bluetrace) a été condamnée par l’autorité de la vie privée ».

Beaucoup songent pourtant à mettre en place ce genre de pistage. C’est le cas du géant de l’ameublement Ikea. Il teste le wifi tracking dans des magasins aux Pays-Bas ou en Suède. « On voudrait aussi le tester en Belgique mais ce n’est pas la priorité pour l’instant , indique Steven De Smet, porte-parole. C’est plus efficace que les comptages manuels qu’on organise dans nos rayons. Et puis les gens ont moins l’impression d’être observés ». La réflexion est aussi en cours chez AG Real Estate qui gère les centres commerciaux de City II, du Woluwe Shopping Center ou des Galeries Saint-Lambert… « On étudie la question dans le cadre de certains projets de rénovation, explique Véronique Mathonet, porte-parole. On veut des centres plus connectés mais la solution adoptée devra être conforme à la nouvelle législation européenne sur le respect de la vie privée ».

Les opérateurs télécoms sont à l’affût. Aussi bien Orange que Proximus mènent des tests. « Les technologies de géolocalisation basées sur nos antennes GSM ne permettent pas d’être suffisamment précis à l’intérieur des bâtiments mais on peut compléter nos données avec des infos provenant d’autres technologies comme le wifi, explique Frank De Weser d’Orange. C’est un marché prometteur ». Idem chez Proximus. « Affiner nos technologies pour être capable de déterminer comment les gens évoluent dans un shopping center est l’une de nos priorités , explique Frédéric Lhostte. Pour l’instant, on est toujours en phase de test ».

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